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Conséquences de la privatisation en Pologne
[2008-08-18]

La Pologne, comme tous les pays d’Europe de l’Est, est un cas particulier. Jusqu’en 1989 toute l’économie était aux mains de l’état. C’était une économie improductive, avec des manques constants dans l’approvisionnement de toutes sortes de produits à commencer par les produits alimentaires. Ce qui la caractérisait, c’étaient de grandes entreprises, essentiellement de l’industrie lourde, qui employaient des milliers de travailleurs. La privatisation, commencée dans les années 90, a eu souvent des conséquences négatives. On vendait des entreprises d’Etat pour rien au secteur privé, comme on disait dans la société polonaise « pour un, deux zlotys ». Des voix s’élevaient pour dénoncer la liquidation aux consortiums étrangers de la richesse nationale.

Les effets de cette politique se sont avérés catastrophiques. Les nouveaux patrons licenciaient une partie du personnel et parfois ils liquidaient complètement l’entreprise achetée. Cela a amené beaucoup de chômage en Pologne, au pire moment, atteignant presque les 20%.

L’exemple le plus visible, c’est le sort des médias polonais. Presque tous ont été rachetés par des consortiums étrangers. L’Etat polonais n’a gardé que quatre chaînes de télévision et des stations de télévisions régionales ainsi que trois radios plus des radios régionales. Presque tous les journaux polonais appartenant à l’Etat ont été rachetés, entre autres, par les firmes allemandes Springer et Neuer Passauer Press, ainsi que par la firme suédoise Orkla qui a revendu il y a deux ans ses éditions à des fonds d’investissement anglais Mecom. Faute de résistance de la part des journalistes polonais, mal organisés syndicalement, il y eut de nombreux licenciements. De nombreuses rédactions ont perdu la moitié de leurs postes de travail. Les consortiums préféraient employer des journalistes jeunes et inexpérimentés, plus faciles à manipuler, et que l’on pouvait payer moins et faire travailler du matin au soir. Le départ des journalistes expérimentés a fortement pesé sur l’abaissement du niveau journalistique de la presse polonaise. Le monde représenté dans les médias est devenu le monde du chaos et une suite d’évènements sans lien entre eux. Cela a donc influé sur l’état de conscience de la société.

Mais ce n’était que le début. Jusque là chaque voievodie (région) possédait deux ou même trois journaux régionaux. La plupart avaient plus d’un demi siècle de traditions et s’inscrivaient dans la mémoire populaire, comme chronique régionale, et donc comme source d’information pour les historiens locaux. Les firmes étrangères voulaient des profits et ne se préoccupaient pas de la tradition locale. Les journaux régionaux furent liquidés et il n’est resté plus qu’un seul titre par région. De nombreux journalistes régionaux ont définitivement perdu leur travail.

Les télécommunications d’Etat polonais ont été vendu à la firme française Alcatel, cela a provoqué une hausse importante du prix du téléphone. Cette firme a pu se le permettre car elle détenait le monopole de ces services sur le marché polonais. De plus, cette firme a lié l’accès à Internet avec la possession d’une ligne téléphonique à laquelle il fallait s’abonner. C’est seulement ces derniers temps que l’unité de contrôle a obligé Alcatel à abandonner ces pratiques contraires au droit polonais. Mais il reste que les coûts pour Internet, imposés par Alcatel, sont les plus élevés d’Europe, malgré les bas salaires des polonais. Seulement 37% des polonais utilisent Internet à la maison, par comparaison, 53% des français ont Internet chez eux.

D’autre part, bien que 97% des conduites d’eau restent aux mains de l’Etat, là où l’eau a été vendue aux firmes étrangères privées, le prix de l’eau est monté. Par exemple, il y a deux ans à Dabrowa Gornicza les autorités de la ville ont dû payer à la firme allemande RWE GmbH trois millions six cent mille zlotys pour éviter l’augmentation planifiée du prix de l’eau. Ils n’ont pas réussi à casser le contrat avec cette firme car il a été rédigé de telle sorte que dénoncer le contrat coûterait à la ville 50 millions de zlotys de dédommagement. A Glogow la firme allemande Gelsenwasser a augmenté à plusieurs reprises le prix de l’eau et a licencié une partie de ses employés.

Nous soupçonnons les autorités polonaises, dominées depuis des années par les partisans de l’économie néolibérale, de mener, avec préméditation, à la ruine des services publics afin de faciliter leur vente, sans que la société ne s’y oppose. L’exemple le plus bouleversant est le service de la Santé, dont le parti au pouvoir annonce depuis le début la privatisation. La plupart des hôpitaux sont endettés. Pour une visite chez le spécialiste, pour des soins spécifiques ou une opération nécessaire pour sauver la vie, par exemple le cancer, il faut attendre des mois. Le Fond National de la Santé refuse souvent de prendre en charge les médicaments les plus chers et les plus efficaces pour cette maladie. Rien d’étonnant que la Pologne ait le plus fort taux de mortalité pour le cancer en Europe.

Au sein du Service Santé il y a souvent des grèves de médecins et d’infirmières qui demandent des augmentations de salaires. Les grèves qui durent ont plus d’une fois amené à l’évacuation des services hospitaliers. Et le syndicat des médecins, qui organise ces grèves, avancent dans ses revendications la nécessité de privatiser le Service Santé. Cette situation est tellement pénible que l’opposition dans la société commence à faiblir face à la privatisation de ces services publics.

Par ailleurs, le service postal d’état fonctionne très mal. Les lettres arrivent avec 2 semaines de retard, ce qui amène des problèmes dans la vie des gens, surtout quand il s’agit d’envois liés à des transactions d’argent. Lors de la dernière grève de la poste beaucoup de lettres ont disparu ou ont été détruites, même du courrier en recommandé, c’est une situation de plus en plus insupportable.

Les trains de l’Etat offrent un triste spectacle. Ces dernières années ont a supprimé beaucoup de lignes. Les gares sont en ruine, les trains trop vieux et sales. En hiver le système de chauffage tombe souvent en panne, en été on étouffe car il n’y a pas de climatisation. A cause du manque d’entretien des rails on circule plus lentement qu’il y a quelques années, car si la vitesse augmentait on risquerait la catastrophe sur bon nombre de lignes. La situation est telle que l’on peut souvent arriver plus vite par un train ordinaire que par un « Express ». Mais le prix des billets augmente toujours.

Le transport par autobus d’Etat fonctionne mieux que les trains, mais les gares routières offrent souvent un spectacle affreux. Elles n’ont pas été rénovées depuis la Pologne populaire.

La politique néolibérale des gouvernements successifs, même de ceux que l’on considérait de gauche, avait pour but, selon moi, la ruine des services d’Etat. Avant toute chose ils n’ont pas été restructurés, ce qui leur aurait permis de mieux fonctionner. Depuis le changement de régime en Pologne, on n’a pratiquement pas investi dans les services publics, afin de les mener à leur ruine.

A présent ce sera d’autant plus facile de les privatiser que la société, insatisfaite et impatiente, ne les défendra peut être pas. La seule exception sera peut être dans le domaine de la Santé car les polonais craignent les hôpitaux privés et protestent contre les projets de faire payer, même de petites sommes, pour les visites chez le médecin.


Ewa Zió³kowska


Referat na seminarium nt. prywatyzacji podczas ESU w Saarbrucken, www.european-summer-university.eu

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